Moumène Khalifa, la boîte de Pandore
Cette condamnation est liée à l’accusation de fuite de capitaux et de transfert illégal de fonds. Selon le même journal, l’affaire a touché trois autres responsables du groupe. Khalifa sous le coup d’un mandat d’arrêt international, devrait être poursuivi pour d’autres affaires. Par ailleurs, dans son dernier rapport sur la situation de la corruption dans le monde « Corruption Global Report 2004 » (CGR’2004) et à propos de l’Algérie, Transparency International (TI) a rappelé l’affaire Khalifa. « Aucun cas dans les dernières années n’a révélé de manière aussi précise l’échelle de la corruption » en Algérie. Ce cas est révélateur, indique le CGR2004, « du laxisme des autorités et du degré alarmant du manque de pouvoir de l’Etat ».
Rappelant plus ou moins les conditions qui ont vu la naissance du groupe Khalifa et les péripéties de sa chute, le rapport de TI souligne qu’en février 2003, trois des plus hauts responsables du groupe Khalifa ont été arrêtés en possession de deux millions de dollars non déclarés (l’affaire qui a été jugée mercredi). Cette arrestation est intervenue un mois avant de découvrir un trou d’un milliard de dollars dans les comptes du groupe, de l’argent qui est sorti du pays.
Le rapport rappelle également les propos de Ahmed Ouyahia le chef du gouvernement qui a indiqué que la faillite de Khalifa coûtera à l’Etat 1,3 milliard de dollars et qu’il n’est plus question de laisser l’économie du pays « entre les mains de charlatans ».
Le rapport qui souligne la responsabilité de l’Etat dans la mise sur le carreau de 10 000 personnes qui se sont retrouvées sans emploi du jour au lendemain, indique par ailleurs que justice et administration des finances continue leurs enquêtes.
Le rapport note concernant la presse algérienne que « même cette dite presse indépendante n’a publié aucune enquête dès les premières révélations. Cette omission semble liée à la stratégie première de Khalifa par les gratifications octroyées aux médias ». « Khalifa avait distribué des cadeaux à de nombreux éditeurs et journalistes et Khalifa Groupe a été un des plus grands annonceurs de son secteur », précise le CGR’2004.
La fuite de Rafik Abdelmoumène Khalifa est intervenue quelques mois avant la tenue des élections présidentielles. Pour Transparency International, citant des analystes, il n’est dans l’intérêt de personne d’ouvrir la boîte de Pandore Khalifa car elle exploserait à la figure de tous. Le rapport souligne qu’aucune des enquêtes n’a déterminé le degré de facilitation offert à Khalifa par les responsables politiques, économiques et financiers algériens ni n’a analysé les facteurs qui ont fait que « les autorités ont ignoré les signes avant-coureurs de la faillite jusqu’à ce qu’il soit trop tard ».
Amine Esseghir
A suivre ...
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